Retour sur le colloque de la Fondation Abou Bakr El Kadiri : Regards croisés sur le parcours de Saïd Hajji

Des universitaires et chercheurs ont analysé l’engagement national, littéraire et journalistique de Saïd Hajji, figure majeure de la presse, de la littérature et de la réforme au Maroc, qualifié de « doyen des journalistes » et de « pionnier de la presse nationale ». Cet hommage s’est tenu le vendredi 16 mai 2025 lors d’un colloque organisé par la Fondation Abou Bakr El Kadiri pour la Pensée et la Culture à Salé, sous le thème : « Saïd Hajji : l’intellectuel et le patriote ».

Une vie brève mais une vision d’envergure

La rencontre a été modérée par le professeur Abdeljalil Nadem, qui a souligné l’importance de ces rendez-vous mémoriels dédiés aux figures ayant marqué la culture et le mouvement national. Il a rappelé que malgré la brièveté de sa vie, Saïd Hajji a traversé une période cruciale marquée par l’instauration du Protectorat, en développant une vision novatrice fondée sur deux piliers : le savoir et la liberté.

Au nom de la Fondation Abou Bakr El Kadiri pour la Pensée et la Culture, M. Farid El Kadiri a rappelé la nécessité de préserver la mémoire nationale en mettant en lumière les pionniers du mouvement national. Il a souligné le rôle clé joué par Saïd Hajji dans la rédaction des revendications du peuple marocain adressées aux autorités du Protectorat, ainsi que son combat contre la marginalisation culturelle et l’immobilisme de l’époque.

Synthèse des interventions

1. L’engagement national et l’arme de la plume

Dans sa communication intitulée « Les dimensions nationales dans les écrits et prises de position de Saïd Hajji », le professeur Saleh Chakak est revenu sur la richesse intellectuelle de cette figure salétine. Il a mis en avant :

  • Sa dénonciation du Dahir berbère du 16 mai 1930 et ses écrits audacieux en faveur de la liberté d’expression et de la presse, notamment en tant que directeur du journal Al Maghrib.
  • Son plaidoyer en faveur de la réforme de l’enseignement, particulièrement au sein de l’Université Al Quaraouiyine, en appelant à l’ouverture sur les langues étrangères.

2. Vers un récit national structurant

Le chercheur Mohamed Abdelsamad El Idrissi (Laboratoire des études narratives et d’analyse des discours culturels) a abordé « La nécessité de construire un récit national à travers le modèle de Saïd Hajji ». Il a expliqué comment cette personnalité incarne les éléments clés d’une grande narration historique et culturelle :

« Bien qu’il n’ait pas dépassé la trentaine, Saïd Hajji a vécu une vie intense consacrée à la littérature, au journalisme, à l’édition et au militantisme. Il est mort en laissant derrière lui des projets majeurs et une posture intellectuelle qui mérite d’être enseignée. »

3. Un pionnier de la cause féminine

Dans son intervention sur « Saïd Hajji et la question de la femme : une vision réformiste au cœur du mouvement national », la chercheuse en médias Aïcha Bouzerar a mis en lumière son rôle précurseur :

  • Éducation : Son appel précoce à la création d’écoles pour jeunes filles et son soutien à la mixité comme levier d’émancipation sociale.
  • Réformes sociales : Ses propositions novatrices pour la réforme du droit de la famille, l’accès des femmes au travail et la participation politique.
  • Synthèse : Sa capacité à conjuguer la préservation de l’identité marocaine et une véritable ouverture sur la modernité, aux côtés des réflexions réformistes de figures comme Allal El Fassi et Mohamed El Hajoui.