« Mémoires afro-asiatiques » : Abou Bakr El Kadiri dévoile les coulisses des missions marocaines à travers le monde

Riches en témoignages vivants sur une période charnière de l’histoire contemporaine de plusieurs nations d’Afrique et d’Asie, ces mémoires refont surface en librairie après plusieurs décennies. Publiée à nouveau par la Fondation Abou Bakr El Kadiri pour الفكر et la Culture (Fondation Abou Bakr El Kadiri pour la Pensée et la Culture), avec le soutien de la Région Rabat-Salé-Kénitra, cette œuvre rassemble les récits, rapports et réflexions de l’homme politique, éducateur et membre de l’Académie du Royaume du Maroc, Abou Bakr El Kadiri.

L’ouvrage retrace ses visites sur le terrain, ses entretiens privés avec des chefs d’État et des dirigeants, ainsi que ses analyses fines du tissu sociopolitique, culturel et religieux des pays visités. Il y met en lumière leur positionnement sur la cause palestinienne, tout en exposant son action diplomatique pour sensibiliser à la cause nationale marocaine durant la période de l’occupation espagnole du Sahara.

Au service de la cause nationale et du monde islamique

Outre la représentation du Maroc — ou la suppléance d’Allal El Fassi pour représenter le Parti de l’Istiqlal en Asie —, de nombreux déplacements à travers le continent africain s’inscrivaient dans le cadre de missions confiées par le « Congrès du Monde Musulman » au lendemain de la Nakba de 1967. Ces délégations avaient pour objectif de sensibiliser l’opinion publique du monde musulman à la cause palestinienne et de Jérusalem, tout en étudiant les réalités locales des communautés musulmanes.

Ces mémoires offrent des clés de lecture essentielles pour comprendre les dynamiques internes et l’évolution politique de nombreux pays africains et asiatiques, parmi lesquels : le Sénégal, la Gambie, la Guinée, le Mali, le Niger, la Côte d’Ivoire, la Haute-Volta (actuel Burkina Faso), la Sierra Leone, l’Érythrée, la Mauritanie, l’Indonésie, le Japon, la Malaisie et la Chine.

Une ferveur anticoloniale et un appel à la souveraineté

Militant de la première heure arrêté à plusieurs reprises pour avoir réclamé l’indépendance du Maroc, Abou Bakr El Kadiri exprime dans ses écris une ferveur anticoloniale vigilante face aux risques de résurgence de la domination sous de nouvelles formes.

« L’asservissement des êtres humains restera une tache indélébile dans l’histoire des Européens qui prétendaient ne venir en Afrique et en Asie que pour les « civiliser » […] Si nous voyons aujourd’hui les peuples africains et asiatiques libérés de cette domination, louons Dieu et travaillons main dans la main pour défendre notre indépendance, protéger notre liberté et bâtir notre avenir. »

Plaider pour la libération du Sahara marocain

Bien avant la Marche Verte de 1975, l’une des priorités majeures d’El Kadiri lors de ses rencontres internationales était de faire connaître le combat du Maroc pour le parachèvement de son intégrité territoriale et la libération du Sahara sous occupation espagnole.

Lors de sa mission en Malaisie, il consignait notamment :

« Ayant parcouru des milliers de kilomètres pour atteindre la Malaisie, j’ai estimé qu’il était de mon devoir de ne pas oublier la cause qui occupe l’esprit de mon pays, ni de négliger nos concitoyens sahraouis qui aspirent à rejoindre leur patrie mère. »

Au-delà de la fraternité religieuse, les mémoires d’Abou Bakr El Kadiri défendent un lien indéfectible entre l’Afrique et l’Asie : celui de la mémoire partagée des épreuves coloniales et de l’aspiration commune à bâtir un avenir fondé sur la dignité, la souveraineté et le refus de toute dépendance.